Je m’appelle TEMIX, je suis né en 1980. Je suis un robot, voilà ma gloire, mais pas un de ces robots qui roulent les mécaniques du coté de Flins ou de Sochaux, métallos et mégalos … Un brave petit robot de base, que les frères Bogdanoff ont affuble du patronyme de Témix, ce qui donne l’air de sortir d’une bande dessinée, rapport avec l’émission dans laquelle je vais travailler avec eux : Temps X.
Voilà quelques mois, Igor et Grichka Bogdanoff décident de présenter un robot dans leur émission. Ce sera un outil pédagogique, disent-ils, et ainsi les jeunes s’initieront à l’informatique tout en s’amusant. Les Bogdanoff décident alors de confier ma réalisation et mon éducation à Bertin. C’est un peu le Dior de l’industrie, et cette firme, qui regroupe 500 personnes, s’est donné comme but de l’aider – l’industrie – à « imaginer et à gérer le changement ».

C’est donc ainsi que, surdoué en puissance, j’ai été conçu à … Plaisir (Yvelines), où se trouve l’usine Bertin. Cyrille Pavlin – c’est un ingénieur – a pris la tête des opérations avec Bernard Martoglio et Pierre Sajot. Et pour les aider à concevoir mon apparence, ils ont fait appel à des gens du cinéma. Rendez-vous compte. Ils ont mis cinq semaines pour me fabriquer ! Il faut dire que ce n’est pas simple. Je n’ai pas moins de 11 moteurs dans le ventre et une quantité de trucs électroniques dont le côté visible est constitué par des lampes rouges ou vertes qui s’allument quand je suis en colère.
Physiquement, je dois l’admettre, je n’ai rien d’un Adonis. Plutôt petit – 1.35m – un peu rondouillard – 1.10m de tour de taille – je pèse 110kg. Ce n’est pas la morphologie du séducteur, d’autant que mon père a fini par me doter d’un crâne chauve et transparent, avec un seul œil, manière cyclope, qui s’agite au bout d’une trompe. Cette allure pachydermique fait que je me déplace d’une manière un peu lourde, hélas. En fait je roule en faisant semblant de marcher. Ils m’ont laissé le bras gauche – provisoirement – paralysé, mais avec le droit j’effectue 4 mouvements de rotation d’épaule et un du poignet. J’ai des mains. Je peux même tenir un verre.
Pour l’instant je me propulse avec l’aide d’Alain Carrazé. Il me télécommande en direct depuis un drôle d’engin : en passant son bras droit dans une espèce de gaine et indique les mouvements tandis qu’avec la main gauche il manipule un clavier comme celui d’un jeu vidéo. Sachez aussi que bien que « doué de voix » je ne parle pas vraiment. Un copain des Bogdanoff le fait pour moi mais l’effet est saisissant.
La première fois que je suis venu au studio, j’avais un trac terrible, si bien que j’ai fait beaucoup de bêtises. Alors Cyrille m’a ramené a Plaisir, ou avec ses acolytes il m’a charcuté pendant des heures. J’étais quand même assez en forme pour le deuxième enregistrement.
Entrée au studio 3. Déballage. On n’arrive pas à me sortir de ma caisse, Personne n’a vu la sangle qui me retient. Mais ouf ! bonne surprise, Laurent Janet le décorateur a reconstitué pour moi un vrai vaisseau spatial. Coloré, lumineux, original… Les frères Bogdanoff ont revêtu leurs combinaisons d’argent, j’ai moins le trac, mes performances sont meilleures. « Mais il faut encore que l’on travaille ensemble », dit Cyrille.
En coulisses, Alain Carrazé dicte tous les mouvements de Témix. Le bras droit glissé dans une prothèse articulée, il télécommande à distance les gestes du bras droit et de la main droite. Puis, à sa gauche, un clavier avec plusieurs manettes lui permet de guider de la main gauche la marche, les mouvements du corps et de faire briller son œil de cyclope. Avec des belles lumières qu’a réglées Lucien Billard, c’est, parait-il, le plus grand expert de la télé pour l’éclairage, avec le joli décor je fais mon effet et quel effet. Ah, les petits camarades de chez Renault ou de chez Peugeot, s’ils me voient, ils doivent pâlir de jalousie.
Source “Eric De Goutel dans la revue Point de mire”
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