Les Naviplanes de la SEDAM, résumés par Pierre BOUILLET, propriétaire des sites Aernav et Les Naviplanes

“La SEDAM (Société d’Etude et de Développement des Aéroglisseurs Marins) était une filiale de la Société BERTIN au même titre que la Société de l’Aérotrain.
Fondée le 9 juillet 1965 par l’ingénieur Jean Bertin, la SEDAM était basée à Marignane, près de l’étang de Berre, Abel THOMAS y était nommé Président.

Cette initiative répond à la volonté d’étendre les recherches menées par la Société Bertin & Cie sur les technologies de véhicules à coussin d’air, un domaine où Bertin développe une approche unique basée sur un système de jupes multiples, souples améliorant la stabilité et la maniabilité des engins.

Sa première réalisation d’importance est la construction de 2 aéroglisseurs de 30 tonnes : les Naviplanes N300.
Sorti de l’usine Breguet de Biarritz en Octobre 1967, les essais du premier véhicule débutent sur le nouveau centre d’essais de la SEDAM sur l’étang de Berre; s’en suis l’achèvement de deux autres engins mais ceux-ci seront différents : alors que le N300 “Baie des Anges” sera destiné à transporter du fret (capacité d’environ 13 tonnes), le N300 “La Croisette” sera muni d’une cabine lui permettant de transporter 90 passagers.

Ils seront exploités, un temps, sur un service reliant l’aéroport de Nice et les villes de Cannes, Saint-Tropez, Monaco et San-Remo.

Ultérieurement, des variantes de « l’aéroglisseur » N300 incluront une version mixte  passagers – véhicules (jusqu’à 8 voitures), ces derniers auront un pont ouvert avec rampe de chargement à l’avant et à l’arrière pour permettre le chargement et le déchargement du fret.
La cabine de pilotage sera située sur une passerelle enjambant la plage avant pour permettre une vision de 360°.
La puissance totale en sortie de 3000 ch est fournie par deux turbines à gaz Turboméca Turmo IIID3 entraînant deux hélices de 3,50 m pour la propulsion et quatre ventilateurs de sustentation de 1,90 m.
Les ventilateurs alimentent 8 jupes individuelles Bertin de 2 m de hauteur, lesquelles sont, à leur tour, enveloppées par une jupe unique.

En mai 1971, le département de la Gironde se porte acquéreur du N300 “Baie de Anges”. Cet appareil, transformé, est utilisé à partir de l’été 1972 comme bac entre les communes de Blaye, Lamarque et Pauillac. Il transporte alors 4 voitures et 38 passagers.
Pendant ce temps, le N300 “La Croisette” entame une série de tests pour la Marine Nationale à Toulon.

En 1971, La SEDAM livre un nouvel appareil : le Naviplane N102.
Plus petit que ses prédécesseurs, cet engin peut transporter 2 pilotes et 12 passagers.

Une turbine à gaz Turboméca Artouste IIC, d’une puissance de 360 ch en continu et 480 ch au maximum, alimente la sustentation du système de coussin d’air et le système de propulsion.
Installée à l’arrière de la cabine centrale, l’Artouste entraîne un ventilateur axial de 1,70 m de diamètre ainsi que deux hélices à trois pales et à pas variables, installées en superstructure pour la propulsion. (vitesse maxi environ 120 – 130 km/h)

Le N102 a été conçu pour un stockage facile à bord d’un avion et d’un bateau car lorsqu’il est démonté pour le transport, la largeur et la hauteur sont réduites à 2,97 m et 2,06 m pour environ 1.5 tonnes.

Produit à huit exemplaires, plusieurs N102 sont vendus notamment un en particulier qui assure, quelques temps, la liaison par la mer entre les stations du Languedoc-Roussillon.
Les départements de la Loire en achètent également un en pensant l’utiliser pour faire visiter les châteaux malheureusement, le jour de l’inauguration, l’appareil tombe en panne de turbine avec le Préfet à son bord !

En 1973, la SEDAM, alors en mauvaise passe financière, réussit à intéresser l’Etat (qui financera à hauteur de 50%) et des sociétés privées à ses projets, cette mesure permettra de relancer l’activité de la société.
Elle obtient alors un contrat pour l’étude d’un aéroglisseur de 260 tonnes, le Naviplane N500.
Deux commandes sont passées, l’une émanant du département de la Gironde, l’autre de la SNCF. Plusieurs options d’achat sont également prises, notamment par le Canada.

En décembre 1975, la SEDAM s’installe à Pauillac, en Gironde pour les études du N500, menées par l’Ingénieur Paul GUIENNE (qui avait déjà dirigé les études sur l’Aérotrain), ces dernières s’accélèrent enfin. On y construit plusieurs maquettes navigantes et le Naviplane N300 “La Croisette” est utilisé pour les essais de jupes.
Deux N500 sont alors construits presque simultanément.
Le premier, le “Côte d’Argent” est essayé pour la première fois sur la Gironde le 19 avril 1977.
Cette première sortie dure 2 heures et lui permet d’atteindre une vitesse stabilisée de 40 – 45 nœuds (74 – 83 km/h).
Le 3 mai 1977, alors que l’appareil est monté sur des vérins et que des techniciens travaillent sous ses jupes, l’explosion d’une lampe enflamme le contenu d’un sceau de colle. Le feu prend sous l’appareil et le détruit totalement.

La construction du deuxième N500, le Naviplane “Ingénieur Jean Bertin” se termine quelques temps plus tard.
Il arrive à Boulogne le 30 novembre 1977 après un périple de 850 miles (1570 km) effectué en 25 heures.

Dans le même temps, la SEDAM, moribonde, est reprise par l’entreprise DUBIGEON-NORMANDIE.

Le N500 “Ingénieur Jean Bertin” entre en service le 5 juillet 1978 sur les liaisons Boulogne – Douvres et Calais – Douvres.
Exploité par la société SEASPEED groupant la SNCF et les BRITISH RAILWAYS, il est le plus gros aéroglisseur du monde.
Il peut transporter 400 passagers, 55 voitures et 5 autobus.
Il est également le plus rapide et établit un record de vitesse sur une traversée entre Boulogne et Douvres à 74 nœuds (137 km/h) de moyenne.

L’exploitation du N500 ne fait pourtant pas l’unanimité.
Prétextant une rentabilité trop faible, la SNCF se dégage de son exploitation et le vend aux anglais fin 1981.
Ceux-ci demandent à la France de modifier l’appareil, ce qui est fait à Boulogne en 1982 (modification des jupes, ajout d’évents augmentant la manoeuvrabilité à faible vitesse…).

Cependant, après des difficultés techniques et financières, l’entreprise a été contrainte de cesser ses activités en 1982.

Le N500 est remis en service le 18 mars 1983 sous les couleurs de la compagnie britannique HOVERSPEED, mais son exploitation s’arrête définitivement le 27 juillet de la même année.
Les anglais prétextent alors une « non conformité au cahier des charges » et le rendent à la SNCF.

La SEDAM avait disparu en 1982, il restait alors dans ses locaux de Pauillac les deux N300, quatre N102 et divers matériels…

Une vente aux enchères est organisée le 25 mai 1983.
Un ferrailleur bordelais achète les quatre N102, tandis que le N300 “Baie des Anges” est vendu à un restaurateur de Maubuisson et le N300 “La Croisette” à un ferrailleur de Pauillac.

Le restaurateur a l’idée de transformer le “Baie des Anges” en restaurant et veut l’installer sur le port de Pauillac. Il n’en obtient pas l’autorisation et s’emploie donc à vendre l’engin à l’étranger.
Ses démarches restent vaines…

Les deux N300 se trouvant à l’abandon dans l’ancien hangar de la SEDAM ouvert à tous les vents, la décision est prise de les ferrailler.
C’est chose faite fin 1983.

Laissé à l’abandon sur la plage de Boulogne depuis 2 ans, le N500 “Ingénieur Jean Bertin” est découpé par les ferrailleurs fin octobre 1985.

Aujourd’hui, le hangar (en parfait état) est utilisé par le baron Philippe DE ROTHSCHIELD comme centre d’expédition de vin.
La rampe en béton qui servait à accéder à la Gironde existe toujours, elle est simplement envahie par les herbes…

Deux des N102 à l’abandon (dont un incomplet) sont repérés sur le terrain vague d’un ferrailleur Bordelais en août 1994 mais après discussion avec ce dernier pour les acheter, le prix de vente des engins restera exorbitant.

L’Association Air de glisse (fondée en 2006) et Peter Yates (néo-zélandais installé dans le Sud-Ouest de la France ayant découvert l’Histoire française des aéroglisseurs par l’Association) mettront plus de 20 ans à réussir l’exploit de négocier le prix, le transporter et à le restaurer afin de lui rendre sa beauté de jeunesse.

C’est dans les locaux de Michel Pont (décédé en 2021) au musée de Savigny les Beaune que la magie opérera et où l’un des N102 est exposé depuis la restauration achevée.

(Découvrez le sauvetage et la restauration en images : Cliquez ici)

En 2026 et après plus d’une décennie de présentation en extérieur, le N102 commence à présenter des signes importants de dégradations internes et externes.”

Pensez à visiter le site de Pierre : Aernav et Les Naviplanes

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