De Bertin & Cie…
Des années de recherches
En octobre 1955, l’ingénieur Jean Bertin quitte la SNECMA accompagné de 15 collaborateurs pour fonder Bertin & Cie, officiellement créée le 27 février 1956 et domiciliée à Paris.
À cette époque, Louis Duthion, ingénieur au sein de la société Bertin & Cie, met en évidence un phénomène inattendu : l’effet de sol. Cette découverte survient alors qu’il réalise des essais sur des silencieux destinés à des moteurs à réaction utilisables en vol. Son objectif initial était de vérifier que ces dispositifs n’entraînaient pas une diminution excessive de la poussée. Cependant, lorsqu’il place la plaque de mesure de poussée très près de la sortie du réacteur, il observe au contraire une augmentation très importante de celle-ci.
Les ingénieurs de Bertin identifient rapidement l’origine de ce phénomène : la poussée du réacteur équipé de silencieux est annulaire, et non répartie uniformément sur une surface circulaire. La zone centrale, neutre, se retrouve enfermée par les jets périphériques à haute vitesse, lesquels agissent comme une « jupe ». Il en résulte une augmentation significative de la pression au centre.
Consciente du potentiel de cette découverte, la société Bertin & Cie cherche aussitôt à l’exploiter. Ainsi, le 9 août 1957, elle dépose un brevet pour un « vérin fluide » fondé sur ce principe. Néanmoins, il convient de noter que l’effet de sol n’était pas totalement inconnu : il était déjà étudié en aviation dès les années 1920 et avait notamment été décrit par le Français Le Sueur en 1934.
Très rapidement, Bertin & Cie envisage également des applications dans le domaine de la sustentation de véhicules par effet de sol. Toutefois, une première étude, basée directement sur l’effet observé par Duthion, conclut que les véhicules devraient atteindre des dimensions gigantesques pour être viables. En conséquence, un projet de brevet dans ce sens est abandonné en 1958.
À la fin de cette même année, la société apprend avec surprise que des ingénieurs britanniques annoncent la mise au point d’un nouvel engin appelé Hovercraft. Celui-ci repose sur le même principe physique que celui identifié par Duthion, mais les Anglais semblent avoir réussi à concrétiser ce que Bertin & Cie considérait jusque-là comme irréalisable. La société française relance alors immédiatement ses travaux de recherche et entreprend de trouver des financements pour poursuivre ses développements.
Les premiers brevets
Au cours de l’année 1959 et durant une partie de 1960, Bertin & Cie élabore le concept de « jupe souple » destiné à contenir le flux d’air. Dans un premier temps, cette solution prend la forme d’une cloche flexible enfermante, qui emprisonne le flux d’air généré par un ventilateur. Plusieurs de ces cloches sont nécessaires pour assurer la sustentation d’un véhicule. Le brevet correspondant est déposé le 11 octobre 1960, puis amélioré en 1961 par un nouveau brevet portant sur des jupes souples multiples.
Au début de l’année 1961, Bertin parvient à susciter l’intérêt de la Direction des Études et Fabrications d’Armement (DEFA, ancêtre du GIAT) pour le concept d’un véhicule tout-terrain reposant sur un coussin d’air. Le projet du Terraplane BC4 est alors lancé et financé. L’engin est construit au cours de l’année 1961 et réalise ses premiers essais au début de 1962.
Ces expérimentations permettent d’affiner le concept des jupes souples. L’entreprise constate alors que, sur un terrain lisse et préparé, la distance entre le véhicule et le sol peut être très faible. Dans ces conditions, une jupe très courte suffit, et la puissance nécessaire à la sustentation diminue fortement.
Cette observation inspire à l’ingénieur Jean Bertin l’idée d’un véhicule évoluant sur des voies spécifiques : ce sera l’Aérotrain. Le brevet correspondant est déposé le 26 juin 1962, date que Bertin considère comme « l’acte de naissance de l’Aérotrain ».
La recherche de financement
La nécessité d’un modèle réduit, permettant de démontrer la validité d’une telle idée, est rapidement apparue. Un premier modèle réduit de 1,5 m de long et 25 cm de large est construit pendant l’automne et l’hiver 1962, ainsi qu’une voie en bois de 20 m de long. Le mécanisme de guidage adopté pour la voie était proche du concept retenu en définitive : un monorail de profil en T inversé. La sustentation était assurée par de l’air comprimé. Un même modèle, électrique celui-là, a également été présenté (à titre informatif, ces maquettes sont toujours en possession de l’Association et sont, au même titre que les prototypes d’Aérotrain, classées au titre des Monuments Historiques.)

La maquette, opérationnelle en février 1962, donne entière satisfaction et convainc la société de continuer son développement. L’action de la société s’oriente alors dans la recherche de soutiens et de financements. Bertin se tourne d’abord vers la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP), qui recherche des moyens pour améliorer le confort et le silence de ses rames. Mais la RATP recule devant la perspective de devoir changer ses voies, bien qu’elle ait par la suite engagé des modifications importantes de celles-ci pour permettre l’utilisation de pneumatiques.
Fin 1963, après un déménagement de la société dans des locaux plus grand à Plaisir (78), des discussions s’engagent avec la Société Nationale des Chemins de Fer Français (SNCF) qui montre en revanche de l’intérêt pour le système. La société nationale commence en effet à prendre conscience de la concurrence du transport aérien et de la nécessité d’augmenter la vitesse de ses rames. En revanche, elle refuse d’assurer le financement du développement.
Le principe d’une étude d’une liaison Paris-Lyon est envisagé avec une vitesse opérationnelle de 300 à 350 km/h. La SNCF critique l’utilisation prévue de turbines à gaz pour la propulsion (qui seront tout de même envisagées par la SNCF avec le Turbotrain et le futur TGV 001) et finit par abandonner l’Aérotrain à l’été 1964, convaincue que « il n’y avait pas de trafic prévisible susceptible de justifier une liaison entre ces deux villes à une telle vitesse ».
Le soutien de la DATAR et la création de filiales
Après ces échecs, l’avenir de l’Aérotrain se présente mal. Bertin tente alors de saisir la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire et à l’attractivité régionale (DATAR), qui avait été récemment créée en février 1963 par le gouvernement Pompidou.
En novembre 1964, Bertin présente la maquette à la DATAR et fait la promotion d’un modèle de déplacement interurbain à haute vitesse, qui vient répondre à point nommé à une mission de la DATAR : décentraliser l’urbanisation de Paris vers des « métropoles d’équilibre », en proche province ou en banlieue éloignée.
Le 15 avril 1965 la Société d’étude de l’Aérotrain, avec une participation de la DATAR à son capital à hauteur de deux millions de Francs, par le biais de grandes entreprises nationales. Cela va permettre une première expérimentation en conditions réelles du concept de l’Aérotrain par la création d’un prototype et d’une voie expérimentale à Gometz-la-Ville.
Dans le même temps, en juillet 1965, la SEDAM est crée afin de réaliser le même type d’études mais pour les aéroglisseurs marins.
Ces 2 sociétés deviennent donc des filiales de Bertin & Cie, cette dernière pouvant de ce fait se consacrer à la recherche industrielle. Plusieurs de ses travaux de recherches sont développés dans l’onglet “Inventions” de ce site, nous pouvons citer pour les plus connus, le système Turboclair, les têtes de prélèvement atmosphérique ou encore l’inverseur de poussée.
Difficultés et tournant stratégique
Malgré ses succès techniques, Bertin & Cie rencontre des obstacles majeurs. Parmi les problèmes rencontrés, la dépendance aux financements publics, la concurrence avec le projet TGV (pour la Société de l’Aérotrain) ainsi que les coûts élevés d’infrastructure deviennent récurrents.
Du milieu des années 70 jusqu’au début des années 80, ce sera une période particulièrement douloureuse pour Bertin & Cie, avec le 17 juillet 1974 l’abandon du soutien du projet de l’Aérotrain par l’État. Jean Bertin ne s’en remettra pas et décèdera 18 mois plus tard, à l’âge de 58 ans.
L’entreprise continuera sa progression malgré un coup dur à l’arrêt des grands projets (Société de l’Aérotrain en 1980, la SEDAM en 1982…). La société s’adapte et se concentre sur l’ingénierie et les conseils technologiques, les équipements spécialisés (défense, nucléaire, aéronautique, énergie…) et et les systèmes industriels en général. Elle arrive par exemple à recevoir une commande de l’Armée de l’air française en 1991 où elle livrera 14 déverglaceuses thermo-soufflantes « TS4-A9C » équipées de réacteurs Snecma Atar 9C déclassés et réformés de vol pour déneiger les pistes. L’ensemble a été réalisé par l’usine Coder de Colombes.
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… à Bertin Technologies
Le 24 septembre 1998, la baisse des commandes du secteur public et des frais de structure trop élevés mettent en péril la société, qui se place en redressement judiciaire. LTI, une société d’investissement à long terme, associée à Finuchem, par l’intermédiaire de sa filiale ECA, reprend la société en avril 1999 pour créer un nouvel ensemble baptisé Bertin Technologies. 20 % du capital de Bertin Technologies est alors réservé au management et aux salariés.
En mai 2001, Bertin Technologies crée à Pessac un centre consacré aux sciences de la vie et investit dans le développement de produits pharmaceutiques à partir de principes actifs existants, une activité regroupée dans une nouvelle filiale, Ellipse Pharmaceutical. Une autre filiale, A2B Technologies, est quant à elle spécialisée dans l’assistance technique.
En 2002, avec le concours de l’Institut français du pétrole, Bertin Technologie participe à la création du système JLMD, un mécanisme de pompage des cuves des pétroliers en cas d’accident en mer. La même année, la société crée un drone d’observation militaire, le Smartball, financé à hauteur de 2 millions d’euros par la direction générale de l’Armement. Lors d’une démonstration publique dans l’Hôtel de Sully à Paris, en raison d’un fort vent, deux prototypes du drone Hovereye, successeurs du Smartball, sont détruits. EDF fait alors partie des industriels équipés par ce type de drone, les utilisant notamment pour inspecter ses barrages.
A la même époque, Bertin Technologies participe à la conception d’un moteur de recherche sur Internet européen, Quaero, projet développé par l’Agence de l’innovation industrielle.
Elle conclut en 2007 un partenariat avec la Sofema, visant à la création d’un groupement d’intérêt économique pour présenter une offre commerciale et technologique commune, notamment à l’export.
Spécialisée dans les prototypes et les éléments industriels fabriqués sur mesure, l’entreprise s’oriente vers les secteurs de l’aéronautique, de la défense, des transports et de l’énergie, la société est rachetée par CNIM en 2008.
En 2010, Bertin Technologies cède son activité aéronautique à Adetel Group.
En 2015, Bertin Technologies acquiert la société Saphymo pour développer son offre sur le marché du nucléaire et de la radioprotection.
Bertin Technologies acquiert la société suédoise Exensor en 2017, leader mondial dans la fourniture de réseaux de capteurs pour la surveillance et la protection de zones et infrastructures sensibles, puis en 2018 l’entreprise pertuisienne Winlight System spécialisée dans les systèmes et instruments optiques de haute performance.
Le 22 avril 2022, Bertin Technologies est cédée par le groupe CNIM au FCDE (Fonds de consolidation et de développement des entreprises). Le FCDE et BNP Développement deviennent les actionnaires majoritaires de ce qui devient le Groupe Bertin Technologies. Une nouvelle phase du développement de la société qui entérine son indépendance stratégique et sa dimension industrielle.
Fin 2022, le Groupe Bertin Technologies acquiert la société finlandaise Environics Oy, précédemment détenue par Verso Capital, ce qui permettra à la société de devenir le leader européen des équipements et des systèmes de détection, d’identification et de surveillance NRBC.
En 2024, le Groupe poursuit sa croissance et acquiert la start-up limougeaude Icohup, fondée en 2017, et qui propose des instruments connectés de détection des rayonnements ionisants. Cette offre s’intègre parfaitement à celle de Bertin Technologies, et ouvre de nouvelles perspectives pour Bertin Technologies. L’intégration de la technologie d’Icohup permettra d’optimiser sa gamme de produits tout en accélérant la commercialisation de nouvelles solutions.
Puis c’est le savoir-faire reconnu de la société grenobloise ALPAO, l’un des leaders mondiaux de l’optique adaptative, qui rejoint le groupe, marquant une nouvelle étape importante dans son développement et consolidant ainsi sa position sur le marché de la photonique.
Enfin, Bertin Technologies fait l’acquisition, en janvier 2025, de la société tchèque VF Nuclear, spécialisée dans les solutions de radioprotection et de surveillance des rayonnements. Grâce à cette opération stratégique, le Groupe renforce son portefeuille de produits en proposant une gamme complète d’équipements de détection des rayonnements pour la radioprotection, et se positionne ainsi parmi les leaders mondiaux de la mesure nucléaire.
Fin 2024, Bertin Technologies emploie 1 000 salariés et son chiffre d’affaires s’élève à 178 millions d’euros.
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